Aujourd’hui, aucun texte en vigueur n’interdit les devoirs écrits à l’école élémentaire, et la règle n’a jamais figuré dans une loi. Une circulaire de 1956 avait supprimé les devoirs écrits hors de la classe ; elle a été abrogée en 1994 par une circulaire qui reprenait la même règle, elle-même abrogée en 2009 sans être remplacée. Dans les faits, le travail du soir reste surtout oral : lire, apprendre une leçon, une poésie, des mots ou des tables.

Les devoirs écrits sont-ils vraiment interdits en primaire ?

La question revient chaque année, et les réponses trouvées en ligne se contredisent. Elles mélangent souvent trois choses différentes :

  • les textes, c’est-à-dire des circulaires du ministère, dont la dernière a été abrogée en 2009 ;
  • le discours du ministère, qui a continué après 2009 de décrire le travail du soir comme essentiellement oral ;
  • la pratique des classes, où l’on demande surtout de lire et d’apprendre, parfois un peu plus.

Pour y voir clair, il faut reprendre l’histoire dans l’ordre. Les citations ci-dessous proviennent du rapport de l’Inspection générale de l’Éducation nationale de 2008, qui reproduit les passages clés de chaque texte, et du Bulletin officiel.

1956 : la circulaire qui supprime les devoirs écrits

Tout part d’une circulaire du 29 décembre 1956. Elle pose une règle nette : « Aucun devoir écrit, soit obligatoire, soit facultatif, ne sera demandé aux élèves hors de la classe. Cette prescription a un caractère impératif ».

Le texte prend soin de définir ce qu’est un « devoir ». Il le distingue de l’exercice : l’exercice permet de vérifier sur le champ qu’une leçon a été comprise, tandis que le devoir sert aussi à mesurer les acquis de l’élève et exige de sa part, selon la circulaire, « un effort personnel et soutenu ». Très vite, rapporte l’Inspection générale, la notion de devoir s’est confondue avec celle de travail écrit.

Plusieurs circulaires ont ensuite rappelé la règle :

  • en 1958, pour en rappeler « le caractère impératif » aux instituteurs ;
  • en 1964, pour préciser que l’interdiction « s’applique également aux élèves des cours préparatoires » ;
  • en 1971, pour redire qu’il « reste interdit, dans l’enseignement élémentaire, de donner des travaux écrits à exécuter à la maison ou en étude ».

Ces textes visaient aussi les études surveillées organisées après la classe : même là, pas de devoirs écrits.

1994 : une nouvelle circulaire, la même règle

La circulaire n° 94-226 du 6 septembre 1994, relative à l’organisation des études dirigées à l’école élémentaire, abroge les textes antérieurs. Elle reprend pourtant la règle, avec la formule qui est encore citée aujourd’hui : « Les élèves n’ont pas de devoirs écrits en dehors du temps scolaire. A la sortie de l’école, le travail donné par les maîtres se limite à un travail oral ou à des leçons à apprendre ».

La même circulaire crée des études dirigées « d’une durée quotidienne de trente minutes », organisées dans chaque classe pendant le temps scolaire. L’idée est cohérente : le travail écrit se fait à l’école, avec l’enseignant, et la maison garde la lecture et la mémorisation.

Ce chiffre de trente minutes, parfois présenté comme une durée maximale de devoirs, concernait donc un temps d’étude en classe, pas le travail à la maison.

2009 : l’abrogation, sans texte de remplacement

Le 7 décembre 2009, la circulaire n° 2009-185, publiée au Bulletin officiel n° 48 de 2009, abroge d’un coup une longue liste de circulaires et de notes de service. On y trouve « la circulaire n° 94-226 du 6 septembre 1994 relative à l’organisation des études dirigées à l’école élémentaire ».

Aucun texte n’a repris la règle depuis. Juridiquement, il n’existe donc plus de circulaire en vigueur qui interdise les devoirs écrits à l’école élémentaire. Il n’en existe pas non plus qui les impose.

Et depuis ? Ce que dit le ministère

L’abrogation de 2009 n’a pas changé le discours officiel. En 2013, le guide pratique du ministère sur la réforme des rythmes scolaires répondait à la question « Y aura-t-il encore des devoirs à la maison ? » par : « Non pour ce qui est des devoirs écrits comme c’est déjà le cas aujourd’hui ».

Interrogé par un député, le ministère a précisé sa position dans une réponse publiée au Journal officiel le 23 juillet 2013. Il y écrit que l’interdiction des devoirs au sens d’exercices écrits à faire hors de la classe « a été régulièrement rappelée depuis 1956 et, dans les écoles, cette interdiction est largement respectée ». Il décrit aussi ce qui est demandé : revoir « les leçons pour consolider la mémorisation d’un résumé, d’une poésie ou des tables d’addition et de multiplication ». Pour le cours moyen, il admet que « quelques travaux personnels » peuvent être demandés, comme des recherches ou de l’entraînement au calcul.

La même réponse cite la circulaire n° 2013-017 du 6 février 2013 sur l’organisation du temps scolaire, selon laquelle « les 24 heures hebdomadaires incluent, à l’école élémentaire, des temps consacrés aux travaux écrits, donnés par le professeur des écoles ». Autrement dit, le travail écrit est pensé comme un travail de classe.

L’histoire en un tableau

DateTexteCe qu’il ditStatut aujourd’hui
29 décembre 1956CirculaireAucun devoir écrit hors de la classe à l’école élémentaireAbrogée en 1994
1958, 1964, 1971Circulaires de rappelRappellent l’interdiction, y compris au CPAbrogées en 1994
6 septembre 1994Circulaire n° 94-226Pas de devoirs écrits hors du temps scolaire ; travail oral ou leçons à apprendre ; études dirigées de 30 minutes en classeAbrogée en 2009
7 décembre 2009Circulaire n° 2009-185Abroge, parmi beaucoup d’autres textes, la circulaire n° 94-226Aucun texte de remplacement
23 juillet 2013Réponse du ministère au Journal officielDécrit l’interdiction des exercices écrits comme « largement respectée »Position ministérielle, pas un texte réglementaire

Ce que cela change pour vous

Attendez-vous surtout à du travail oral. Lire, apprendre une leçon, des mots de dictée, une poésie, des tables : c’est l’essentiel des devoirs à l’école élémentaire, et c’est ce que le ministère décrivait encore en 2013.

Apprendre reste un vrai travail. « Oral » ne veut pas dire facultatif ni rapide. Une leçon s’apprend mieux quand votre enfant se pose des questions, redit avec ses mots ou écrit de mémoire sur une ardoise. Ces gestes de mémorisation ne sont pas des devoirs écrits au sens des anciennes circulaires. C’est ce travail-là, mots de dictée, tables, leçons, poésies, que Kamelo transforme en exercices courts.

Si des exercices écrits sont donnés, aucun texte en vigueur ne l’interdit. C’est un choix pédagogique de l’enseignant, souvent pour entraîner un point précis. S’ils pèsent sur vos soirées, parlez-en avec l’enseignant, avec des faits : le temps réellement passé, ce qui bloque. Si le dialogue ne suffit pas, la direction de l’école est l’interlocuteur suivant.

Évitez de dire à votre enfant que « les devoirs sont interdits ». Ce serait inexact, et cela mettrait votre enfant en porte-à-faux avec son enseignant. Mieux vaut régler la question entre adultes.

Méfiez-vous des formules définitives. Affirmer qu’une loi interdit les devoirs est faux : il n’y a jamais eu de loi sur ce point, et les circulaires ont été abrogées. Affirmer que les devoirs écrits sont autorisés, sans nuance, va trop vite aussi : le ministère a continué de présenter le travail du soir comme oral. La réponse honnête tient en une phrase : la règle n’a plus de texte, mais elle a laissé une habitude.

En résumé

Les devoirs écrits à l’école élémentaire ont été supprimés par une circulaire en 1956, puis par une autre en 1994. Cette dernière a été abrogée en 2009 et rien ne l’a remplacée. Le ministère décrivait encore en 2013 un travail du soir fait de lectures, de leçons, de poésies et de tables. Pour votre enfant, l’enjeu se joue moins sur la légalité que sur la méthode : quelques minutes d’apprentissage actif, dans le calme, et un dialogue ouvert avec l’enseignant quand ça coince.

Questions fréquentes

Les devoirs sont-ils obligatoires en primaire ?
Aucun texte ne rend les devoirs obligatoires à l’école élémentaire, et aucun texte en vigueur ne les interdit. Le travail donné pour le soir relève de l’organisation pédagogique de l’enseignant. En pratique, il s’agit surtout de lire, d’apprendre une leçon, une poésie, des mots ou des tables. Si le travail demandé vous paraît trop lourd, le bon réflexe est d’en parler avec l’enseignant.
Depuis quand les devoirs écrits sont-ils interdits en primaire ?
La règle date d’une circulaire du 29 décembre 1956, qui supprimait les devoirs écrits hors de la classe à l’école élémentaire. Elle a été reprise en 1994 par la circulaire n° 94-226, qui a abrogé les textes antérieurs. Cette circulaire de 1994 a été abrogée à son tour en 2009, par la circulaire n° 2009-185, sans texte de remplacement.
Où trouver le texte de la circulaire de 1956 ?
Son passage essentiel est cité mot pour mot dans le rapport de l’Inspection générale de l’Éducation nationale de 2008 sur le travail des élèves en dehors de la classe, disponible en ligne (lien dans les sources). Les versions intégrales qui circulent sur Internet sont des retranscriptions non officielles. Gardez en tête que ce texte n’est plus en vigueur depuis 1994.
Un enseignant a-t-il le droit de donner des exercices écrits à faire à la maison ?
Depuis 2009, aucun texte en vigueur ne l’interdit explicitement. Le ministère a toutefois continué de présenter le travail du soir comme essentiellement oral, et une circulaire de 2013 précisait que les 24 heures de classe incluent des temps consacrés aux travaux écrits. Si des exercices écrits pèsent sur vos soirées, parlez-en avec l’enseignant plutôt que de refuser le travail.

Sources

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Les devoirs du soir, sans dispute.

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